Patrimoine de Manon Aubry : ce que contient sa déclaration

Patrimoine de Manon Aubry : ce que contient sa déclaration

Vous avez peut-être vu passer cette vidéo sur TikTok. Manon Aubry, eurodéputée de La France Insoumise, y déclarait sur un ton moqueur ne posséder qu’un vélo Décathlon, refusé par le système de déclaration pour cause de valeur insuffisante. L’image a marqué les esprits : une élue qui gagne plus de 100 000 euros par an et qui ne déclare aucun bien. Étonnant, non ? Entre transparence affichée et questions soulevées, nous avons voulu comprendre ce que cache réellement cette déclaration.

Une déclaration qui fait parler : le cas du vélo Décathlon

Le 29 septembre 2024, Manon Aubry publie une vidéo qui va faire le buzz. Face caméra, elle remplit son formulaire de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et s’amuse des questions posées. “Quand je lis les questions, je me dis qu’il y a des gens qui sont élus qui ne viennent pas du même monde que moi”, lance-t-elle. Sa cible favorite ? La ligne concernant les chevaux de course. “Ma préférée : les chevaux de course ! Bien sûr ! Je possède 18 chevaux de course”, ironise-t-elle.

Puis vient le moment qu’elle met en scène avec autodérision : “Je vais déclarer la seule chose que je possède, mon vélo Décathlon”. Le système refuse l’entrée. Raison invoquée : seuls les biens d’une valeur supérieure à 10 000 euros doivent figurer dans la déclaration. Conclusion de l’eurodéputée, affichée avec un sourire entendu : “Bien, je n’ai donc rien à déclarer”. La formule frappe, divise, amuse ou agace selon les sensibilités politiques. Elle ajoute même, dans une autre prise de parole : “Il me faudrait 15 000 ans pour devenir milliardaire”. Message politique assumé ou réalité du quotidien d’une jeune élue ? La frontière reste floue.

Les revenus d’eurodéputée : des chiffres qui interpellent

Revenons aux faits. Manon Aubry perçoit un salaire mensuel brut de 10 802 euros, soit environ 8 419 euros nets en tant qu’eurodéputée. À cela s’ajoutent 4 950 euros d’indemnité mensuelle pour frais généraux, sans justificatif à fournir, ainsi qu’une indemnité journalière de 350 euros par jour de présence lors des sessions à Bruxelles ou Strasbourg. Nous ne parlons donc pas d’un petit salaire, loin de là.

Lire :  Bahia-Carla Stendhal : origine, parents, vie privée, âge...

Voici un tableau récapitulatif de ses revenus nets annuels déclarés auprès de la HATVP entre 2019 et 2024 :

Année Revenus nets déclarés
2019 53 000 €
2020 107 499 €
2021 108 900 €
2022 112 000 €
2023 115 099 €
2024 58 000 €

Les écarts s’expliquent aisément. 2019 correspond à une année incomplète, son élection datant de juin. 2024 reflète également une période partielle. Sur cinq années pleines, nous arrivons à un total cumulé dépassant les 555 000 euros nets. Pour mettre en perspective, le salaire médian français tourne autour de 2 200 euros nets mensuels. Manon Aubry gagne donc environ quatre fois ce montant, sans compter les indemnités annexes. Difficile, dans ces conditions, de se considérer comme modeste au regard des standards nationaux.

Que contient vraiment sa déclaration à la HATVP ?

Plongeons maintenant dans le détail de ce qu’elle a transmis à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Sa déclaration d’intérêts, mise à jour en septembre 2024, mentionne une activité d’enseignement à Sciences Po Paris entre juin 2019 et juin 2022. Rien de surprenant pour une diplômée de cette institution. Mais ce qui frappe, c’est l’absence totale d’autres éléments. Pas de participations financières déclarées, pas de biens immobiliers supérieurs au seuil requis, aucune fonction de consultante, aucune activité bénévole susceptible de créer un conflit d’intérêts.

Vous aimeriez en savoir davantage ? La déclaration de situation patrimoniale complète existe bien, déposée le 29 janvier 2025, mais elle n’est consultable qu’en préfecture. Autrement dit, l’accès reste limité. Ce qui circule publiquement ne livre qu’un aperçu partiel. Nous ne sommes donc pas face à une transparence totale, contrairement à ce que le discours laisse entendre. D’autres personnalités politiques affichent des patrimoines plus étoffés, acquis au fil des années ou hérités. Dans le cas d’Aubry, rien de tel ne transparaît. Simple question de génération, de choix de vie ou stratégie bien rodée ? Les hypothèses restent ouvertes.

Lire :  Fortune de Manuel Bompard : quel est le patrimoine du député LFI

Manon Aubry, la femme derrière la politique

Née en 1989, Manon Aubry a aujourd’hui 36 ans. Son parcours sort des sentiers battus pour une élue de cette envergure. Diplômée de Sciences Po Paris, elle a poursuivi son cursus à l’étranger, notamment à Sydney et à l’université Columbia à New York. Rien de très prolétaire dans ce CV. Elle a ensuite travaillé pour Oxfam, l’ONG altermondialiste, avant d’enseigner dans son école d’origine. En 2019, elle débarque au Parlement européen, portée par La France Insoumise. Réélue en 2024, elle préside aujourd’hui la commission du commerce international, un poste stratégique.

Sur le plan personnel, elle cultive la discrétion. Pas de vie privée étalée dans les magazines, peu d’informations sur son entourage proche. Ce que l’on retient surtout, c’est son style direct, sans filtre, qui détonne dans le paysage politique européen. Active sur les réseaux sociaux, elle manie l’ironie et l’engagement avec une aisance qui séduit ou exaspère. Une femme de conviction, ancrée à gauche, qui ne craint ni les polémiques ni les prises de position tranchées. Reste que son image de simplicité affichée contraste avec un parcours académique et professionnel qui respire l’élite intellectuelle française.

Entre transparence et stratégie politique

Nous touchons ici au cœur du paradoxe. L’absence de patrimoine déclaré par Manon Aubry devient, dans son discours, un argument politique cohérent. Elle incarne ainsi une gauche qui ne possède pas, qui ne thésaurise pas, qui refuse l’accumulation capitaliste. C’est un récit puissant, qui résonne auprès de ceux qui veulent croire en des élus différents. Sauf que la réalité mérite d’être nuancée. Avec des revenus confortables depuis 2019, ne pas avoir accumulé de patrimoine interroge. Choix philosophique assumé ? Mode de vie urbain où l’on loue plutôt que d’acheter ? Jeunesse relative d’une carrière politique encore récente ?

Les critiques pointent une dissonance. Certains y voient une posture bien huilée : jouer la carte de la pauvreté tout en profitant d’un statut privilégié financé par l’argent public. D’autres saluent au contraire une forme de cohérence rare chez les élus, qui prouvent par l’exemple qu’on peut vivre décemment sans céder à la tentation patrimoniale. L’épisode du voilier, en juin 2026, a ravivé les tensions. Des photos la montraient sur un bateau loué pour fêter l’anniversaire de son père. Sa défense ? “70 euros par jour par personne”. Techniquement accessible, certes, mais symboliquement maladroit pour celle qui fustige les yachts des milliardaires. Le problème n’est pas le bateau en soi, mais l’image renvoyée : celle d’une bourgeoisie culturelle qui se pense au contact du peuple tout en en étant éloignée.

Lire :  Georges Fenech : age, parcours, origine, religion, condamnation et vie privée

Ce que révèle ou cache cette déclaration

Alors, que nous apprend vraiment cette fameuse déclaration ? Nous pourrions conclure que Manon Aubry incarne une génération politique différente, moins attachée à la propriété, plus mobile, moins ancrée dans le patrimoine immobilier qui structurait les élites d’hier. Nous pourrions aussi nous interroger sur les limites du système de déclaration lui-même. Les seuils fixés à 10 000 euros permettent d’échapper à bien des obligations. Un vélo, des meubles, un compte épargne modeste : tout cela reste invisible. Le patrimoine matériel se dissout dans un mode de vie où l’on consomme sans posséder.

Reste une question de fond. Ces déclarations reflètent-elles la réalité ou seulement ce que les élus acceptent de montrer ? Dans le cas d’Aubry, nous penchons pour une certaine sincérité. Rien ne laisse penser qu’elle cache un patrimoine conséquent. Mais cette sincérité n’efface pas le malaise : celui d’une élue qui parle au nom des précaires avec un salaire qui la place loin, très loin, de leurs préoccupations quotidiennes. Entre scepticisme sur la portée réelle de ces déclarations et reconnaissance d’une cohérence dans son profil, nous restons sur une impression mitigée. Elle ne triche probablement pas. Mais elle ne vit pas non plus le quotidien qu’elle défend.

Sources

Partager cet article

Author picture

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *